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AES, souveraineté et monnaie non alignée : sortir du piège franc CFA

5 février 2026Adonis

L'Alliance des États du Sahel (AES) doit sortir du piège du franc CFA pour bâtir une véritable souveraineté monétaire. Cet article explore les voies d'une monnaie non alignée, adossée aux ressources africaines et aux alliances Sud-Sud.

Depuis la création de l'Alliance des États du Sahel (AES), une question domine tous les débats : que faire du franc CFA ? Pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger, continuer avec cette monnaie signifie accepter une dépendance structurelle envers l'Europe et des règles décidées ailleurs. En revanche, s'en détacher ouvre une porte vers la souveraineté… mais aussi vers des risques de sanctions et d'attaques spéculatives. L'enjeu n'est donc pas seulement de quitter le CFA, mais de construire une monnaie non alignée, conçue pour résister aux pressions extérieures.

Sortir du franc CFA, mais vers quoi

Une sortie mal préparée peut conduire au chaos : inflation incontrôlée, fuite vers le dollar ou l'euro, pénuries d'importations stratégiques. On l'a vu ailleurs : quand une monnaie est rejetée par manque de confiance, ce sont d'abord les plus pauvres qui paient la facture. La question centrale pour l'AES n'est pas seulement « quand sortir », mais comment : quelle banque centrale ? quelle gouvernance ? quels garde-fous ? Une approche maatocratique impose trois exigences simples : dire la vérité sur les comptes publics ; garantir la justice dans la répartition des coûts de la transition ; maintenir un équilibre entre souveraineté et stabilité des prix. Autrement dit, pas de décision monétaire dans le secret des palais, mais un débat public assumé, avec des chiffres clairs, des scénarios comparés et des engagements précis devant la population.

Construire une monnaie non alignée?

Une monnaie réellement souveraine ne doit pas être vissée sur un seul bloc de puissance. L'erreur serait de remplacer une dépendance à l'euro par une dépendance au dollar, au yuan ou à toute autre devise. La voie non alignée consiste à adosser la future monnaie à plusieurs piliers : un panier de devises de partenaires du Sud (par exemple Brics+, pays du Golfe, ASEAN) ; des ressources africaines (or, uranium, cacao, pétrole, etc.) qui représentent une richesse réelle ; un marché régional suffisamment large pour que les échanges intra-africains se fassent directement, sans passer en permanence par les monnaies occidentales. Cette architecture réduit la capacité d'un seul pays ou d'un seul bloc à « punir » la monnaie par des sanctions ciblées ou des attaques spéculatives.

Fintech, paiements alternatifs et résilience

Les sanctions financières contre l'Iran ou la Russie ont montré à quel point la dépendance au système SWIFT peut devenir une arme. Pour l'AES, l'une des protections consiste à développer dès maintenant des canaux de paiement alternatifs : systèmes régionaux de compensation, plateformes de règlement en monnaies locales, voire future monnaie numérique de banque centrale partagée. L'innovation ne doit pas être un prétexte à l'opacité. Une Maatocratie monétaire exige au contraire que chaque outil – blockchain, monnaie numérique, passerelle de paiement Sud-Sud – soit conçu de manière transparente, auditable et au service de l'économie réelle, pas de la corruption ni des circuits parallèles.

Base productive et alliances Sud-Sud

Une monnaie se défend d'abord par ce qu'elle permet de produire. Tant qu'un pays importe son alimentation, ses médicaments ou son énergie, il reste vulnérable aux sanctions et aux chocs de change. La priorité pour l'AES doit donc être claire : investir massivement dans l'agriculture, l'énergie, la santé, la formation technique. Parallèlement, les alliances Sud-Sud offrent un levier stratégique. Les Brics+, les pays du Golfe, l'ASEAN ou l'Amérique latine ne partagent pas nécessairement les valeurs de l'AES, mais ils offrent des options : accords de swap monétaire, règlement en monnaies locales, partenariats commerciaux sans passer par le dollar. Une Maatocratie financière, c'est aussi savoir jouer sur plusieurs tables, sans jamais devenir dépendant d'un seul partenaire.

Vers une souveraineté assumée

Construire une monnaie non alignée n'est pas un choix par défaut. C'est le choix d'une souveraineté assumée, refusant les tutelles, les chantages, les paiements en devises étrangères imposés. Cela suppose du courage – car les représailles existent – mais aussi de la méthode. La Maatocratie n'est pas l'aventurisme. Elle suppose un plan de transition, une banque centrale honnête, une gouvernance publique auditable, et un pacte social clair : les sacrifices de court terme seront répartis de manière juste, et les bénéfices de long terme n'iront pas seulement aux élites. Au-delà de la technique, l'enjeu est politique : une monnaie non alignée est un acte de dignité. C'est affirmer que le Mali, le Burkina Faso et le Niger ne sont pas des satellites économiques d'un centre décisionnel extérieur. Que leur richesse – humaine, naturelle, culturelle – peut et doit servir leur propre développement, sans demander la permission.